Rouler à moto tous les jours a fini par transformer ma conduite auto

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Homme de 52 ans à moto influence sa conduite auto dans une scène urbaine réaliste au coucher du soleil

Dans le rond-point de la Toison d’Or, la roue avant d’une Clio a tourné d’un quart de tour avant le moindre clignotant, et j’ai freiné sans discuter. Le volant m’a renvoyé une petite secousse dans les paumes, puis tout s’est figé une seconde. Depuis quelques mois de moto au quotidien, je conduisais la voiture avec un regard plus large. Ce soir-là, j’ai compris que ma tête ne regardait plus la route comme avant.

Ce que je faisais avant de passer à la moto, et pourquoi j’ai tenté le coup

À 52 ans, je suis marié, j’ai deux enfants, et mes journées tournent vite entre le travail, l’école et les petits trajets qui s’enchaînent. J’habite Dijon, et je passais un temps fou à surveiller l’heure pour gagner quelques minutes. Je suis parti avec l’idée simple de grignoter du temps sur mes trajets, pas de changer ma manière de conduire. Avec ce rythme, la moto m’a paru moins un caprice qu’un outil pour respirer un peu.

Avant ça, en voiture, je conduisais de façon très classique. Je regardais la voiture devant moi, puis le feu, puis la file qui avançait devant le supermarché, sans aller beaucoup plus loin. Quand quelqu’un freinait sans prévenir, je me crispais vite et je laissais trop peu de marge. Je balayais les rétros, mais pas avec cette attention aux roues et aux têtes qui vient plus tard.

J’ai essayé la moto pour un trajet de 18 km que je faisais chaque matin, et j’ai été convaincu dès la première semaine que j’allais tenir la cadence. Un collègue m’a parlé d’un gain de vingt minutes, et ça m’a suffi pour tenter le coup. Je n’imaginais pas que ce choix allait revenir jusque dans ma conduite auto. Je ne cherchais qu’un moyen d’aller plus vite, rien .

Rédacteur du magazine Burgundy Bike et mécanicien, j’ai l’habitude d’écouter un bruit avant de toucher une pièce, et cette habitude m’a servi tout de suite. Mon travail en atelier m’a appris à me méfier des impressions trop confortables. En voiture, je m’étais habitué à un certain relâchement. En moto, cette zone de confort a disparu d’un coup.

Les premiers mois en moto, entre découvertes techniques et erreurs qui piquent

Les premiers matins, le froid m’a claqué les doigts dès que j’ai quitté la rue du Transvaal. Le bruit du moteur sous le casque était plus présent que je l’imaginais, et la pluie sur la visière m’obligeait à cligner des yeux à chaque feu. J’ai fini par regarder la roue avant des voitures comme on lit une ligne de traînée. Un léger braquage m’annonçait une manœuvre avant même le clignotant.

Le plus dur n’était pas la machine, c’était la fatigue mentale en fin de journée. À 18h20, sous la pluie, dans les rues chargées, je me suis retrouvé à serrer le guidon comme si ma main pouvait retenir la circulation. Au bout de 47 minutes, ma nuque était dure et je n’avais plus envie de jouer les costauds. Un soir, place Wilson, j’ai posé la moto et je me suis dit que je pouvais très bien remonter en voiture le lendemain.

J’ai aussi découvert que je lisais les gens par micro-mouvements. La tête qui tourne vers le rétroviseur extérieur, puis la roue avant qui mord la ligne, ça me parlait plus qu’un clignotant tardif. En voiture, je n’avais jamais fait ça avec autant de précision. J’ai été frappé par le silence avec lequel un conducteur annonce sans encore décider.

Au fil des semaines, j’ai levé le pied d’une dizaine de km/h sur les portions fluides. À 50, je trouvais que ça ramait, et à 70, la voiture filait déjà plus vite que je ne le sentais. J’ai gardé deux longueurs de voiture devant moi, et j’ai cessé de coller au pare-chocs. Sur route mouillée, je regardais les bandes blanches, les plaques d’égout et les joints de chaussée avant d’entrer dans le virage.

J’ai aussi dû calmer un mauvais réflexe. Je voulais par moments me glisser en voiture comme en moto, en pensant trouver un trou partout, et je me suis retrouvé une fois coincé entre deux files, sans marge pour corriger. Le volant est alors devenu nerveux, et je me suis senti bête pendant deux cents mètres. Depuis, je garde la voiture plus posée, moins vive dans la voie.

Le jour où tout a basculé au rond-point, et ce que ça m’a appris sur ma conduite auto

Au rond-point de la Toison d’Or, j’ai vu une compacte noire bouger d’un demi-mètre avant que son clignotant ne s’allume. Sa roue avant s’était déjà mise de biais, et ma main droite a freiné avant même que je finisse le calcul. J’avais les épaules hautes, les doigts tendus, et le regard collé au flanc de la voiture. Tout mon corps a compris avant ma tête.

Après ça, j’ai compris que la vraie information passait par les micro-signaux. Une roue avant orientée, une tête tournée vers le miroir, un débord de caisse dans un giratoire, et tout le reste suivait. En voiture, j’ai commencé à regarder plus loin et à laisser une marge plus claire devant moi. Je n’attendais plus le clignotant comme une preuve.

Ce que je sais maintenant que j’ignorais au début, entre limites et bénéfices réels

Aujourd’hui, quand je reprends la voiture après plusieurs jours de moto, mon regard est plus large. Je balaie les rétros tous les cinq secondes, je surveille les sorties de stationnement et je lis mieux le rythme des files. Je me place pour voir, pas pour gagner une place. Le résultat, c’est moins de coups de frein et une trajectoire plus coulée dans la circulation.

Mais la voiture me donne aussi une drôle d’impression d’enfermement. Le pare-brise, les montants épais et les angles morts plus lourds me coupent une partie de la route, et je le sens à chaque trajet dense. J’ai aussi gardé une vigilance trop haute, et cette fatigue mentale finit par peser plus qu’en moto. par moments, je me méfie trop et je freine avant l’heure.

Je ne sais pas si ce basculement vaut pour tout le monde, mais chez moi il a été net. Sous la pluie, en gardant mes marges et en restant attentif dans les ronds-points, j’ai appris à conduire la voiture autrement. J’ai pensé au vélo électrique et au covoiturage, mais mes horaires et les enfants m’ont ramené à la moto. J’y ai trouvé plus de souplesse que d’agacement.

Je n’ai pas gardé ce rythme sans hésiter. Il y a des soirs où je suis rentré rincé, avec la visière marquée par la pluie et les mains encore tendues sur le guidon. Pourtant, j’ai fini par préférer cette vigilance-là à la sensation de subir la route en voiture.

Mon bilan personnel, ce que je referais sans hésiter et ce que je ne referais pas

Ce que cette période m’a apporté, c’est une lecture plus fine du trafic et un calme que je n’avais pas avant. Un matin humide, place Darcy, j’ai vu un quart de tour de roue avant et j’ai freiné avant même le clignotant. Cette scène m’est restée en tête, parce qu’elle résume ce que la moto a changé dans ma façon de conduire.

Je referais sans hésiter la patience, l’observation et cette marge laissée devant moi. Je ne referais pas l’envie de me faufiler comme en moto dans une voiture, ni la tentation de sous-estimer la vitesse parce que l’habitacle est silencieux. En voiture, j’ai appris à attendre le vrai déplacement de caisse avant de m’engager. Ça m’a évité plusieurs hésitations inutiles.

J’ai eu un vrai doute un soir de novembre, quand j’ai cru lire un changement de file avant tout le monde. J’ai freiné trop tôt, puis je me suis retrouvé coincé entre deux véhicules, avec la sensation très nette d’avoir voulu devancer une intention qui n’existait pas encore. J’ai dû remettre du calme dans mes mains et laisser passer la file suivante. Ce raté m’a rappelé que lire les autres n’est pas deviner à leur place.

Après des mois à rouler en moto, revenir en voiture, c’est comme enfiler un costume trop grand, et je dois réapprendre à bouger dedans. Je garde pourtant ce réflexe de regarder loin, de garder deux longueurs de voiture et de ne pas croire le premier signal venu. En tant que mécanicien, j’ai fini par comprendre que le bon geste, ici, c’est d’observer avant d’agir. Et ce réflexe-là, je ne le lâche plus.

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La rédaction